
Entre le Libournais et le Lot-et-Garonne, le Bergeracois et les Côtes de Duras suivent la Dordogne puis le Dropt. Ce vignoble a bâti sa singularité sur les blancs moelleux et liquoreux, sans renoncer aux rouges de garde.
Ses vins ont longtemps descendu la rivière vers Bordeaux, puis vers les ports du nord de l'Europe. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les marchands hollandais comptaient parmi les gros acheteurs des vins blancs de la région, selon Dordogne Périgord Tourisme.
Une Anglaise en Bergeracois
En 1990, Patricia Atkinson s'installe à Gageac-et-Rouillac, près de Saussignac, au domaine qui deviendra le Clos d'Yvigne. Elle apprend le métier sur ses propres vignes, souvent seule. Elle raconte cette installation dans un livre publié en 2003, The Ripening Sun. Son itinéraire mène droit aux vins doux de la rive gauche, Saussignac en tête.
L'appellation Saussignac, au sud-ouest de Bergerac, est réservée aux blancs liquoreux de sémillon, de sauvignon et de muscadelle. Le vin y naît de la pourriture noble, le botrytis cinerea. Ce champignon concentre les sucres du raisin quand l'automne alterne brumes du matin et après-midi ensoleillés.
Le liquoreux comme signature
Monbazillac est l'autre grand nom des vins doux du Bergeracois. L'appellation couvre environ 2 300 hectares sur la rive gauche de la Dordogne, face à la ville de Bergerac. Elle aussi ne produit que des liquoreux nés du botrytis.
La différence entre moelleux et liquoreux tient à la concentration. Un moelleux garde des sucres perceptibles, sans aller plus loin. Le liquoreux vient de tries successives : on cueille grappe par grappe, parfois baie par baie, les raisins touchés par la pourriture noble. Il atteint des teneurs en sucre bien plus élevées et peut vieillir longtemps. Monbazillac et Saussignac produisent des liquoreux ; Côtes de Montravel et Haut-Montravel visent le registre moelleux.
À Monbazillac, Claudie et Bruno Bilancini arrivent au Château Tirecul la Gravière en 1992. Ils louent le domaine, puis l'achètent en 1997. Ils y font des liquoreux pensés pour la garde. Les vendanges se font par passages successifs dans les rangs, à la main, au rythme de la pourriture noble.
Sur la rive droite, de Pécharmant à Montravel
Sur la rive droite de la Dordogne, à l'est de Bergerac, le Pécharmant donne des rouges de garde. Les vignes poussent sur des sables et des graviers ferrugineux. Les cépages sont ceux du Bordelais voisin : merlot, cabernet franc, cabernet sauvignon, malbec.
Rosette, sur la même rive, au nord de Bergerac, ne produit que des blancs moelleux légers, en très petite quantité. C'est l'appellation la plus discrète du Bergeracois.
Les deux appellations de base couvrent tout le périmètre. Bergerac donne des rouges, des rosés et des blancs secs. Côtes de Bergerac se décline en rouge, avec des règles un peu plus strictes, et en blanc moelleux.
Plus à l'ouest, aux confins de la Gironde, l'aire de Montravel longe la rive droite. Le château de Michel de Montaigne s'y trouve, à Saint-Michel-de-Montaigne. L'essayiste y a écrit une grande partie de ses Essais. Trois appellations s'y partagent les styles sans se confondre : Montravel pour les blancs secs et, plus récemment, pour les rouges ; Côtes de Montravel et Haut-Montravel pour les blancs moelleux, avec des exigences de richesse en sucre différentes.
Duras, au sud sur le Dropt
Les Côtes de Duras forment un vignoble à part, au sud du Bergeracois, sur le plateau du Dropt, en Lot-et-Garonne. L'appellation couvre environ 1 250 hectares. On y fait des rouges, des blancs secs et des moelleux, avec les mêmes cépages que les voisins. Catherine et Jean-Mary Le Bihan conduisent le Domaine Mouthes Le Bihan. Ils y travaillent les trois couleurs de l'appellation. Le Dropt, petite rivière qui rejoint la Garonne, donne au secteur un relief de plateaux et de vallons distinct de celui de la Dordogne.
Trois bouteilles pour comprendre la région
Un blanc sec de Montravel ou de Bergerac, de sauvignon et de sémillon, pour commencer par la fraîcheur. Un Monbazillac de cinq à dix ans, pour mesurer ce que le botrytis donne quand on lui laisse le temps. Un Pécharmant de garde, pour sentir ce que les sols ferrugineux de la rive droite apportent au merlot et aux cabernets. Goûtez-les dans cet ordre, du plus sec au plus riche, en gardant le rouge pour la table. Le liquoreux trouve sa place sur un fromage persillé ou en fin de repas, en petite quantité. Trois verres suffisent pour situer un vignoble plus divers qu'on ne le croit.